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26 octobre 2020
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LA PREMIERE CHARTE DU PARFUMEUR-CRÉATEUR

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LA PREMIERE CHARTE DU PARFUMEUR-CRÉATEUR

A New York, Dubaï, San Paulo, Londres, Grasse ou Paris, de nombreux parfumeurs ont été consultés par la SIPC pour exprimer qui ils sont et comment ils se définissent en tant que profession. La charte issue de ces interviews, la première du genre, verra le jour dans quelques mois.

Une profession existe-elle vraiment tant qu’elle n’a pas été définie par un cadre réglementaire et un code de déontologie? A l’évidence non. En dépit d’une histoire immémoriale (les premiers compositeurs de parfum n’étaient-ils pas les prêtres égyptiens?), le métier de parfumeur n’a jamais été reconnu à part entière. Louis XIV a bien délivré un brevet de maître gantier-parfumeur en 1651, mais la corporation fut dissoute par la Révolution. Et depuis ? Plus rien. Ou plutôt si : un simple engagement sur l’honneur, strictement oral, qui a uni les parfumeurs, sous l’impulsion de M. Aimé Guerlain, au moment de l’Exposition Universelle de 1889. « Ce ne sont donc que quelques règles tacites qui régissent aujourd’hui encore toute une profession qui compte 1000 à 1500 femmes et hommes autour du monde [chiffres que la SIPC est en train d’affiner] et qui participe à la richesse de toute une industrie », affirme Calice Becker, parfumeur chez Givaudan. Pourtant, celui qui pouvait être considéré jusque-là comme un “assembleur” de matières premières a vu sa compétence démultipliée par l’apparition de la chimie au milieu du XIXème siècle. A cet instant-là, le métier est devenu plus technique et le parfumeur s’est mué en spécialiste aux connaissances variées et approfondies à qui la synthèse offrait en cadeau l’abstraction et aussi cette opportunité exaltante de devenir un artiste. L’explosion des connaissances nécessaires fait que cette profession telle que l’exerce un jeune parfumeur aujourd’hui n’a déjà plus grand-chose à voir avec celle de César Birotteau, héros balzacien.

Se définir pour exister

Certes, la complexité de ce métier à la pointe du progrès et de l’air du temps, a assurément entravé sa reconnaissance. Mais comment le parfumeur pourrait-il entrer dans la modernité sans se définir lui-même, sans expliquer quelles valeurs communes il partage avec ses pairs et dans quel cadre technique (et éthique) il invente, il compose, il crée? A l’origine de ce projet de charte, il y a la SIPC, la toute jeune Société Internationale des Parfumeurs-Créateurs présidée par Calice Becker. En faisant le choix de la dénomination (désormais déposée à l’INPI) de “parfumeur-créateur”, la SIPC affiche ses intentions : « si certains voudraient encore lui contester le statut d’artiste, le parfumeur est bel et bien un créateur »,explique Sylvie Jourdet, parfumeur indépendant. Cette charte qui sera rendue publique dans quelques mois ne sera qu’un premier pas vers une reconnaissance plus large du métier de parfumeur. Elle permettra à la profession de se compter, de se fédérer, de se faire connaître du  grand public dans toute sa diversité et son exigence, et enfin d’aller frapper à la porte des institutions pour obtenir, un jour peut-être, la reconnaissance comme métier d’Art. « Nous espérons aussi voir la création de parfum reconnue comme “œuvre de l’esprit” par le Code de Propriété intellectuelle à l’instar du cinéma, de la chorégraphie ou de la photographie », ajoute Serge Oldenbourg, parfumeur. Il n’est pourtant pas si loin le temps où Yuri Gutsatz, créateur de la marque Le Jardin Retrouvé, pouvait lancer en pleine réunion de la SFP : « Parfumeur, ton nom est personne! ». Grâce à cette charte, le parfumeur aura bientôt non seulement un nom (parfumeur-créateur) mais un statut connu de toutes et de tous. Bientôt, peut-être le grand public connaîtra-t-il le nom du créateur de l’Air du Temps de Nina Ricci ou du N°5 de Chanel comme il connaît celui de la “Joconde” ou du “Radeau de la Méduse”.    

 

 



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